Eli, Eli, Lema Sabachthani?

Origine : Japon

Année : 2005

Genre : Science-Fiction

Note : 8/10

Réalisateur :

 Casting :

Liens : IMDB


Avis :


2015. Le monde court à sa perte. Un virus d'origine inconnue sème la mort chez les sujets contaminés, les poussant au suicide. Nommé syndrome du lemming, ce virus qui a déjà fait des millions de victimes de par le monde n'a aucun remède. Mizui (Tadanobu Asano) et Asuhara, membres d'un groupe de noise expérimental, semblent détenir la solution à ce fléau. En effet, leur musique guérirait les personnes qui assistent à leurs concerts. Un vieil homme va les supplier de venir en aide à sa petite fille Hana (Aoi Miyazaki), elle aussi atteinte du syndrome du lemming...


On n'y voit rien ? Normal. Pas d'inquiétude, c'est juste Asano.
Il fait ça dans tous ses films.


Sous ce titre obscur se cachent les dernières paroles prononcées par le Christ sur la croix : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" Cela suffit en soi à attirer ma curiosité. Quand j'apprends que le rôle principal est incarné par Tadanobu Asano, acteur exemplaire d'un cinéma souvent décalé et avant-gardiste, là je me dis que je vais passer un excellent moment. Puis mon coeur bat la chamade en apprenant la présence de l'égérie du cinéma japonais indépendant, l'angélique Aoi Miyazaki. Oh non, Dieu ne m'a pas abandonné. Ce film m'était destiné.
Mais qui a eu cette si brillante idée de réunir ce casting de rêve derrière cette histoire semblant si démentielle ? Ni plus ni moins que le père du sublime Eureka, Shinji Aoyama, celui-là même qui permit au monde entier de découvrir cette actrice si jeune et pourtant déjà si fascinante... Aoi Miyazaki ! J'aurais bien aimé en dire autant pour Tadanobu Asano qui a aussi tourné dans l'un de ses précédents films, Helpless, mais je n'ai pas encore eu la chance de le voir.


Signe qu'un ange gardien veille sur elle ?
Alors Asano, on perd ses plumes ?


Mais je vous arrête tout de suite. Car derrière tout cet engouement dont je fais preuve se cache une triste réalité : ce film m'étant destiné, il y a de fortes chances qu'il ne représente pas le moindre intérêt à vos yeux ! Histoire de barges, musique de barges et acteurs fêtiches : voilà ma sainte trinité.
Shinji Aoyama, même s'il fait un peu trainer son film en longueur, aura réussi à montrer le son en images par l'intermédiaire d'un Asano en capteur de sons de l'extrême (rappelons que c'est Asano qui a lui-même joué toutes les parties sonores expérimentales). Voir Asano déborder d'inventivité pour arriver à extraire le son d'un objet ou d'un ensemble d'objets est un bonheur qui ravira tous les amateurs de musiques expérimentales. Aoi Miyazaki à l'opposé, apparaîtra pour la première fois à l'écran telle une pierre précieuse fragile et parfaite. L'Ordre (Miyazaki) qui s'oppose au Chaos (Asano). Ce même chaos représentera pourtant le seul espoir de rétablir l'ordre et ainsi d'harmoniser la force de ce monde (Non non, on n'est pas dans Star Wars, je vous rassure).


Scène culte, tout simplement.


"Le monde est saturé de sons !" Réplique emblématique de RahXephon, anime culte à l'histoire incroyable (des sons pour accorder et synchroniser le monde) pourrait aussi convenir à ma tentative de description du film. Le chaos sonore comme ultime remède contre le virus du suicide ? Une hystérie saturée de watts, une vague déferlante de bruits orchestrée par un Tadanobu Asano possédé, se lâchant comme rarement on aura pu le voir à part peut-être dans le cyberpunk sous adrénaline Electric Dragon 80000V, où déjà il triturait de manière viscéralement orgasmique sa guitare.
Asano, lui, figure quasi mystique de la dépression sur pellicule, comme guérisseur du mal être viral des gens ? Asano en ange gardien, sauveur de cette autre icône cinématographique du malaise et de la solitude, la déesse au visage pur et triste répondant au doux nom d'Aoi Miyazaki ? Mais les mots me manquent pour exprimer l'émotion que cette seule idée procure en moi ! Cette scène si fabuleuse où Aoi Miyazaki les yeux bandés, au centre sur sa "table d'opération", une vaste prairie, entourée par quatre enceintes de plusieurs milliers de watts, reçoit des mains du chirurgien sonore Tadanobu Asano, en transe, cette avalanche de saturations salvatrices allant jusqu'à déformer l'image, constitue l'une des scènes les plus puissantes (dans tous les sens du terme) que j'aie pu voir dans un film. Pour une seule scène comme celle-là, je serais prêt à endurer des centaines d'heures de tous les pires navets de la création.


Profitez. Asano qui sourit, vous ne verrez pas ça tous les jours.


La note que je lui ai mise ne signifie rien. Il pourrait avoir tous les défauts du monde, dans mon coeur il mérite la note maximale. Eli, Eli, Lema Sabachthani? est le film que j'attendais.
D'ailleurs, Eli n'est pas un film. Eli n'est que folie pure. Je vous l'avais bien dit qu'il m'était destiné.


par ultima le 09 Mars 2007


Commentaires

par Olaf le 15 Mai 2007 :


Tant de choses à dire sur ce film et si peu de mots pour les exprimer...

Après lecture des synopsis qui traînent ci et là sur le net, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. Un film de SF ? Un drame cyberpunk ? Un film déjanté avec une fin à la Mars Attacks ? Ben rien de tout ça, en fait. Eli, Eli, Lema Sabachthani? n'est que poésie. Une poésie lente, macabre et chaotique.

Lent, comme peu de films l'ont été. Il ne faut pas avoir peur de voir une camionette rouler sur une route déserte pendant plusieurs minutes sans rien d'autre qu'un fond musical oppressant. Macabre, presque dérangeant. Des gens qui se suicident sans raison apparente, des corps un peu partout gisant ou pendant dans une totale indifférence. Chaotique, dans le son. La musique noise expérimentale interprétée par Tadanobu Asano et Masaya Nakahara (du groupe Violent Onsen Geisha) n'est pas à la portée de tout le monde, bien au contraire. Plongez au milieu de tout ça une fragile Aoi Miyazaki interprêtant son rôle à la perfection, et vous avez le film le plus boulversant qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps.

Eli, Eli, Lema Sabachthani? sera un calvaire pour tout ceux s'attendant à une histoire, aimant l'action ou ne supportant pas la guitare électrique et tous les sons distordus qu'on peu en sortir. Pour les autres, ce sera une expérience unique et inoubliable, et renouvelable à l'infini, ne serait-ce que pour la scène de la prairie qui mérite la place de meilleure scène cinématographique de la création.

Note : 9.5/10


Images :



1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

25

26

27

28

29

30

31

32

33

34

35

36

37

38

39

40

41

42

43

44

45

46

47

48

49

50

51

52

53

54

55

56

57

58

59

60

61

62

63

64

65

66







Site optimisé pour Firefox et pas vraiment pour les autres navigateurs.
© 2006-2010 Olaf & ultima, tous droits réservés.
About me

Passez à Firefox ! Passez à Thunderbird ! XHTML 1.1 (à peu près) valide ! CSS valide ! [Valid RSS]