All About Lily Chou-Chou

Autre titre : Lily Chou-Chou no subete

Origine : Japon

Année : 2001

Genre : Drame

Note : 8/10

Réalisateur :

 Casting :

Liens : IMDB


Avis :


Yûichi (Hayato Ichihara) est un jeune adolescent introverti qui subit d'incessantes brimades de la part d'autres élèves de son école, menés par Hoshino (Shugo Oshinari). Autrefois amis, quand Hoshino était lui-même le souffre-douleur de son école à cause de fausses rumeurs, leur relation s'est brusquement dégradée après que, pendant des vacances à la mer, Hoshino échappe plusieurs fois à la mort. Après avoir violemment molesté et humilié l'un de ses anciens brimeurs, Hoshino est devenu incontrôlable, allant jusqu'à voler dans les magasins, racketter et même forcer des filles de sa classe à se prostituer. C'est le cas de Shiori Tsuda (Yû Aoi) dont Yûichi va se lier d'amitié. Une autre souffre-douleur ne laisse pas Yûichi indifférent. Il s'agit de Yôko Kuno (Ayumi Ito), une virtuose du piano dont la beauté irrite au plus haut point les autres filles de l'école. Sans le savoir, toutes ces personnalités partagent une passion commune pour Lily Chou-Chou, une chanteuse qui parvient à apaiser leurs âmes révoltées grâce à un don unique, celui de percevoir et d'utiliser l'éther dans ses chansons, un lieu de paix éternelle. Ils communiquent entre eux sur un site web dédié à leur idole, sans se douter une seule seconde de qui ils sont en réalité...


Shiori, Yûichi, Kuno et Hoshino.


Shunji Iwai est un génie. Pour sa façon de dépeindre les émotions adolescentes comme personne. Pour toute l'émotion qu'il insuffle à ses films. Pour l'originalité dont il fait preuve et la pléthore d'idées qu'il arrive à développer. Shunji Iwai a l'art de frapper juste, là où c'est le plus sensible, là où ça fait mal. Car on ressort d'un film d'Iwai comme d'un combat intense, le coeur malmené, l'âme en peine. C'est le prix à payer pour avoir la chance de connaître Lily Chou-Chou.



Lily Chou-Chou, chanteuse énigmatique à la voix angélique, née le 8 décembre 1980 à 22h50, à l'instant même de la mort de John Lennon, et dont les chansons soulageraient les peines et les tourments de ceux qui les écoutent. Bien qu'on ne la voie pas de tout le film, hormis dans un clip diffusé sur écran géant, on peut sentir sa présence en permanence. Elle est l'essence même du film. Logique puisque d'après ses fans, Lily serait l'éther personnifié, le catalyseur de toutes les émotions humaines, un lieu de paix éternelle. Le terme d'éther n'est pas nouveau, puisqu'il vient de l'Antiquité. Il représenterait la partie supérieure du ciel, une sorte de cinquième élément composant la sphère céleste. Pas besoin de dessin pour comprendre ce que Lily représente.
L'introduction est à ce titre très intéressante et nous plonge directement dans l'ambiance, avec une discussion par internet entre des fans de Lily Chou-Chou, sur l'éther et sur leur idole. Ils citent également parmi les artistes qui seraient capables d'atteindre l'éther, les Beatles, Björk et Shiina Ringo (YEAH !). Et c'est effectivement les influences que l'on ressent en écoutant ses chansons (même si Lily n'est influencée par personne, elle n'a besoin de personne, c'est l'éther personnifié, soulignera l'un d'eux plus loin dans le film). Elle semble avoir été façonnée à partir de ces artistes, notamment Shiina Ringo qui admire Debussy tout comme Lily (qui considère qu'il est le premier à avoir atteint l'éther). Selon d'autres sources, c'est Faye Wong qui aurait inspiré le personnage de Lily. Enfin bref, là n'est pas le propos.



All About Lily Chou-Chou a été tourné en caméra DV, ce qui n'empêche nullement le film de briller de mille feux par sa réalisation, avec tout le talent de Shunji Iwai. Ce choix confère au film une atmosphère particulière, comme un souvenir (douloureux) de vacances, ou plutôt des souvenirs d'adolescence. Ahhhh l'adolescence, le thème préféré de Shunji Iwai. Un thème qu'il maîtrise parfaitement, l'abordant dans quasiment tous ses films sans jamais sombrer dans la facilité ou la redite. Mais c'est sûrement dans ce film que les sentiments dépeints sont les plus destructeurs. La souffrance exacerbée, les humiliations, la cruauté de ces personnages qui s'entre-déchirent, sans doute volontairement exagérées par le réalisateur n'ont d'égal que la passion qu'ils éprouvent pour celle qui parvient à soulager leurs âmes le temps d'une chanson, Lily Chou-Chou. Ce que perd Iwai en réalisme, il le gagne en force émotionnelle. Je trouve son choix judicieux, car le film baignant dans l'onirisme de l'éther, ces exagérations s'y intègrent aisément.



Les quatre personnages principaux sont tous victimes des brimades de leurs camarades, pour diverses raisons. Certains le resteront jusqu'à la fin, d'autres prendront la tangeante pour devenir à leur tour bourreaux, par leurs actes ou leurs silences. La palette psychologique de ces adolescents est bien plus complexe qu'elle n'y paraît. Leurs sentiments sont souvent plus suggérés que montrés et il faudra faire l'effort soi-même pour combler les brèches. Je veux dire par là que le film fournit toutes les clés de sa compréhension, mais il revient au spectateur d'ouvrir les portes. Mais portés par des musiques aussi géniales (encore une fois, Takeshi Kobayashi a fait un travail de composition fabuleux, de même que Salyu, qui prête sa voix au personnage de Lily) et des acteurs aussi remarquables, nul doute que vous y arriverez.
Les acteurs, parlons-en. Je connaissais Yû Aoi pour son rôle touchant dans Harmful Insect, où elle interprétait admirablement le seul personnage positif du film, la seule amie sincère dont disposait l'héroïne (Aoi Miyazaki ! Aoi Miyazaki ! \o\ /o/). Je la connaîtrai dorénavant pour sa performance déchirante dans Lily Chou-Chou, où elle franchit la barrière pour devenir la victime injuste des frustrations (on peut même parler de folie pour certains) des autres. J'ai vraiment hâte de la revoir dans Hana & Alice, un autre film de Shunji Iwai. Ayumi Ito est elle aussi captivante. Cinq ans après Swallowtail Butterfly, elle confirme qu'elle n'a rien perdu de son talent et arbore toujours ce joli visage candide. Du côté des mâââles, Shugo Oshinari en psycho, sans briller, reste tout à fait convaincant (après tout, il a un peu la tête de l'emploi). Hayato Ichihara est par contre nickel chrome, rien à dire. Il est vrai qu'il bénéficie du rôle principal, qui est aussi l'un des plus intéressants.


L'énigmatique Lily Chou-Chou, objet de culte d'une génération maudite.


Lily Chou-Chou n'est au final que la seule échapatoire à ce monde hostile et cruel pour ces jeunes en perdition, s'imprégnant de chaque note, de chaque mélodie jusqu'au plus profond d'eux-mêmes, buvant ses paroles qui à leur yeux deviennent paroles d'Évangile. Les mots sont à leur image. Ils résonnent de tristesse mais les aident à soulager leurs peines. C'est la blessure qui guérit ("The wound that heals", une des chansons de Lily).
"I wanna be just like a melody, just like a simple sound, like in harmony. I wanna be just like the sky, just fly so far away, to another place. To be away from all, to be one, of everything.", dira Lily. "Merci de m'avoir offert un tel chef-d'oeuvre", dira ultima.

Voilà. It's all about Lily Chou-Chou.


par ultima le 20 Mai 2007


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